Cinquième et dernier volet de notre série consacrée aux programmes économiques des principales forces politiques à l’approche de 2027, après La France insoumise, le Rassemblement national, la droite et le bloc central. La règle qui a guidé toute la série ne change pas : comprendre la mécanique de chaque projet et en mesurer les effets possibles sur les marchés et l’épargne, sans le juger politiquement.

Cette semaine, la gauche socialiste et communiste : Raphaël Glucksmann, Olivier Faure et Ségolène Royal, engagés dans la primaire « Choisir 2027 » qui se tient en octobre, et Fabien Roussel pour le PCF. À première vue, les ressemblances avec LFI sont nombreuses — justice fiscale, hausse des salaires, services publics, taxation des hauts patrimoines. Mais deux différences changent tout pour un investisseur. L’Europe d’abord : là où LFI veut « désobéir » aux traités, Glucksmann place l’Union au cœur de son projet et inscrit même une trajectoire de désendettement. Le rapport au capital ensuite : la social-démocratie veut davantage taxer le patrimoine mais garde l’entreprise privée au centre, quand le PCF vise une appropriation publique de secteurs stratégiques. Pour les marchés, cette nuance transforme un risque « systémique » (euro, dette, capitaux) en un risque « fiscal », plus classique et circonscrit — mais qui concerne directement votre patrimoine.

Une gauche, deux modèles économiques

À l’intérieur du pôle social-démocrate, les lignes diffèrent. Glucksmann bâtit sur trois piliers — réindustrialisation, transition écologique, Europe puissance — et veut déplacer la fiscalité du travail vers l’héritage et les grands patrimoines, en excluant expressément PME et ETI de sa réforme des transmissions. Olivier Faure assume une ligne plus redistributive : SMIC à 1 700 euros nets, conférence salariale conditionnant les aides publiques, retraite à 62 ans, contribution de l’IA au financement social. Ségolène Royal s’en tient à des priorités (pouvoir d’achat, climat) sans architecture fiscale détaillée. Le PCF se situe plus à gauche encore : la vraie ligne de partage de cette famille n’est pas la redistribution, qui fait consensus, mais jusqu’où modifier les règles qui organisent le capital, l’entreprise et la propriété.

Salaires : quatre méthodes pour un même objectif

Faure et Roussel proposent tous deux un SMIC à 1 700 euros nets, mais Roussel va plus loin : +5 % immédiats sur tous les salaires, +30 % du point d’indice des fonctionnaires, rétablissement de l’échelle mobile indexant les salaires sur les prix. Glucksmann choisit une autre voie : plutôt qu’une hausse administrée, taxer les très gros héritages pour alléger les cotisations salariales et augmenter le net. La comparaison avec le premier épisode est éclairante : LFI augmente le salaire par la norme, Glucksmann déplace la fiscalité du travailleur vers l’héritier, Faure se situe entre les deux, Roussel assume la hausse la plus générale. Le débat économique est classique — plus de salaires soutient la consommation et les recettes sociales, mais une hausse rapide du coût du travail pèse sur les marges des entreprises intensives en main-d’œuvre.

Fiscalité : patrimoine, héritage et capital en première ligne

C’est la partie qui concerne le plus directement l’épargnant — et le chef d’entreprise.

Glucksmann veut rééquilibrer travail, capital et héritage, avec une contribution accrue des plus hauts patrimoines et des « méga-héritages ». Point notable : il a pris ses distances avec l’application telle quelle de la taxe Zucman à 2 % sur les très hauts patrimoines, par crainte de fragiliser des entreprises dont les propriétaires détiennent du patrimoine sans la liquidité correspondante. Il envisage aussi de réformer le pacte Dutreil lorsqu’il sert l’optimisation des grandes transmissions — un dispositif central pour la transmission d’entreprises familiales, que nous mobilisons régulièrement dans nos accompagnements de transmission et succession.

Le PS chiffre son plan à environ 39,5 milliards d’euros de recettes nouvelles, dont une taxe Zucman, une fiscalité plus progressive et une conditionnalité des aides. Faure y ajoute une mesure phare : pour chaque euro de dividende versé aux actionnaires, l’équivalent devrait revenir aux salariés.

Le PCF franchit un degré : rétablissement de l’ISF, cotisations sur les revenus financiers et les dividendes pour financer la Sécurité sociale, fiscalité renforcée sur les gros héritages — mais exonération des successions inférieures à 200 000 euros. Même cible, le capital, mais deux philosophies : la social-démocratie redistribue davantage les fruits du capitalisme ; le PCF veut en modifier l’organisation.

Pour l’épargnant, la leçon dépasse 2027 : quelle que soit l’issue, la fiscalité de la transmission est redevenue un objet de débat politique permanent — les règles ont déjà bougé récemment, et anticiper une transmission dans un cadre stable vaut toujours mieux que la subir dans un cadre incertain.

Industrie et écologie : investir plutôt que redistribuer

La colonne vertébrale de cette gauche n’est pas que la redistribution : c’est l’investissement. Chez Glucksmann, la réindustrialisation écologique — ferroviaire, rénovation thermique, énergie décarbonée, souveraineté numérique — avec un État qui oriente le capital privé sans le remplacer, et l’Europe comme échelle d’action : Buy European Act, normes miroir aux importations, politique commerciale plus protectrice. Une ligne étonnamment proche, sur ce point, de celle du bloc central — et dans l’air du temps de la souveraineté industrielle européenne. Le PCF vise le même objectif par une route opposée : souveraineté productive française, nucléaire, appropriation publique — Fabien Roussel a même évoqué fin août une « nationalisation-sanction » de TotalEnergies liée aux profits pétroliers. Même objectif de souveraineté, instruments opposés : orienter le capital chez l’un, en reprendre le contrôle chez l’autre.

OAT, banques, CAC 40 : le financement, encore et toujours

Pour les marchés, il faut distinguer deux scénarios. Dans un gouvernement dominé par le PS et Place publique : pas de remise en cause de l’euro ni du financement de marché, et même une trajectoire de désendettement affichée. Mais la France aborde 2027 avec 117,5 % du PIB de dette (INSEE) et une croissance attendue très faible : sur les OAT, la réaction dépendrait moins de l’étiquette politique que du bouclage recettes-dépenses — combien rapporte la fiscalité nouvelle, combien coûte la hausse des dépenses, quelle part des investissements est mutualisable au niveau européen. Sur le CAC 40, l’analyse devient sectorielle : électrification, ferroviaire, infrastructures et efficacité énergétique profiteraient de l’accélération des investissements ; les valeurs à forte distribution et les groupes visés par la fiscalité du capital verraient leur rendement net diminuer.

Avec le PCF, l’incertitude change de nature : quand il est question de nationaliser TotalEnergies, l’enjeu ne relève plus de la fiscalité mais de la propriété de l’entreprise. Il est donc trompeur de parler d’un unique « risque gauche » : entre Glucksmann et Roussel, la différence n’est pas quantitative — elle est parfois de nature. La mécanique de la prime de risque française, elle, reste celle que nous avons décrite dans notre analyse du « risque France ».

Fin de la série : cinq stratégies, une même équation

Ce dernier épisode referme notre tour de France des programmes : LFI mise sur le multiplicateur de la demande ; le RN sur le pouvoir d’achat et la souveraineté ; la droite sur le choc d’offre ; le bloc central sur la compétitivité et la maîtrise de la dépense ; cette gauche sur la redistribution et l’investissement. Cinq stratégies, une même équation — une dette à 117,5 % du PIB et une croissance faible. En 2027, les marchés ne regarderont pas seulement ce que chaque candidat promet de dépenser, de taxer ou d’économiser : ils regarderont si l’équation tient. À noter enfin : la primaire de la gauche se tient en octobre 2026 — le candidat et le programme définitifs pourront différer de ce panorama.

Pour l’épargnant, la conclusion de la série tient en une phrase, la même du premier au dernier épisode : une allocation se construit pour traverser les scénarios politiques, pas pour les prédire — diversification des zones, des classes d’actifs et des enveloppes, en commençant par une vision d’ensemble de votre patrimoine. Dans le cadre de notre conseil en gestion de placements et de notre expertise en transmission, nous aidons nos clients de Perpignan et des Pyrénées-Orientales à préparer leur épargne et leur patrimoine aux différents scénarios de 2027, sereinement et sans parti pris. Pour en parler, contactez-nous.

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