Troisième volet de notre série consacrée aux programmes économiques des principales forces politiques à l’approche de 2027, après La France insoumise et le Rassemblement national. La règle ne change pas : il ne s’agit pas de juger un projet politique, mais d’en comprendre la mécanique et d’en mesurer les effets possibles sur l’économie, les marchés et l’épargne.
Cette semaine, la droite de gouvernement, à travers les projets portés par Bruno Retailleau, David Lisnard et Xavier Bertrand. Les différences entre eux sont réelles — le premier fait de la réduction de la dépense publique le préalable du redressement, le deuxième assume le projet le plus libéral et décentralisateur, le troisième défend une droite du travail et de la réindustrialisation, et rappelle lui-même que les propositions des autres ne l’engagent pas. Mais dès qu’on quitte la politique pour regarder l’économie, une même doctrine apparaît : la France sortirait de son problème de dette en produisant davantage — plus de travail, plus d’industrie, plus d’investissement privé, moins d’État administratif. C’est presque l’image inversée du premier épisode : là où LFI relance la demande par les salaires et la dépense publique, la droite agit d’abord sur l’offre.
Le tout dans un cadre que la droite place elle-même au cœur de son discours : une dette publique de 3 536 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB au premier trimestre 2026 (INSEE), après 115,7 % fin 2025.
Une même doctrine : produire avant de redistribuer
Le diagnostic commun aux trois sensibilités : la France ne manque pas seulement de demande, elle manque de production. David Lisnard l’exprime de la façon la plus radicale — chômage structurel attribué à l’excès de prélèvements, aux rigidités du droit du travail et à un environnement peu favorable à la prise de risque — et propose de réduire simultanément le poids de l’État, les impôts et les normes. Bruno Retailleau attaque un « État bureaucratique » dont la dépense absorbe plus de 57 % de la richesse nationale. Xavier Bertrand adopte une approche plus sociale, mais le mécanisme reste proche : réduire la dépense pour réduire les prélèvements, puis utiliser le travail pour augmenter le pouvoir d’achat.
La comparaison avec les épisodes précédents éclaire trois philosophies du pouvoir d’achat : LFI veut augmenter le prix du travail ; le RN restituer du pouvoir d’achat par les baisses de taxes ; la droite augmenter la quantité de travail et réduire son coût fiscal et social. Trois multiplicateurs économiques différents — et trois paris.
Travail : « travailler plus pour gagner plus », version 2027
Le travail est le point de rencontre le plus évident des trois projets. Xavier Bertrand en fait depuis longtemps l’instrument principal du pouvoir d’achat : en 2022, il défendait une baisse de 2,4 % des cotisations salariales — environ 3 % de salaire net immédiat, soit plus de 500 euros par an pour un salarié à 1 500 euros nets, pour un coût annoncé de 7 milliards d’euros — assortie d’heures supplémentaires défiscalisées au-delà de 35 heures et d’un rachat des RTT simplifié. Le revenu supplémentaire viendrait du travail effectué, pas d’une hausse administrée des salaires.
David Lisnard pousse plus loin la flexibilisation : contrat de travail unique fusionnant CDI et CDD avec indemnités progressives, assouplissement du Code du travail, incitations à augmenter la quantité de travail. Le pari commun : qu’un taux d’emploi supérieur et davantage d’heures travaillées augmentent simultanément le revenu des ménages, le PIB potentiel et les recettes publiques.
Entreprises et industrie : le choc d’offre assumé
C’est sur les entreprises que la rupture serait la plus visible. Lisnard propose de supprimer la C3S et éventuellement la CVAE — environ 11,5 milliards d’euros de baisse supplémentaire — avec l’objectif de diviser par deux les impôts de production, de 2 % à 1 % du PIB. Bertrand avance une ambition comparable : environ 33 milliards d’euros de baisse pour ramener la France vers la moyenne européenne.
Mais cette droite n’est pas celle du laissez-faire intégral. Elle assume une souveraineté productive : semi-conducteurs, batteries, médicaments et agriculture cités comme filières stratégiques par Bertrand — qui met en avant les gigafactories des Hauts-de-France (81 millions d’euros régionaux apportés à ACC, 60 millions à Verkor, environ 7 500 emplois directs déjà créés selon la région) — robotique, énergie, cybersécurité et intelligence artificielle chez Lisnard. Moins d’État dans la norme et la fiscalité, mais un État stratège dans les secteurs souverains : une ligne dont nous avions décrit la montée en puissance à l’échelle du continent dans notre analyse des nouveaux moteurs de l’investissement européen.
Le point dur : réduire la dépense avant de réduire l’impôt
C’est ici que commence la difficulté — car baisser fortement les impôts avant d’avoir baissé les dépenses détériore mécaniquement le déficit. Toute la crédibilité du programme repose sur l’ordre des réformes. Or les ordres de grandeur évoqués sont considérables : environ 80 milliards d’euros d’économies pour Retailleau, jusqu’à 200 à 300 milliards pour Lisnard selon les horizons retenus.
C’est précisément là que le marché passerait du programme à la calculatrice : supprimer une norme ne produit pas automatiquement une économie budgétaire ; réduire une administration suppose des coûts de transition ; et une baisse trop rapide de la dépense publique peut peser temporairement sur l’activité, donc sur les recettes. Le pari de la droite est l’inverse de celui de LFI, mais il comporte lui aussi son multiplicateur incertain : que la réduction de l’État et des prélèvements libère assez d’investissement, d’emploi et de production pour compenser une partie des recettes abandonnées. Avec une dette à 117,5 % du PIB, le temps laissé à l’expérimentation serait limité.
Europe : pro-européenne, mais moins libre-échangiste qu’hier
Aucun des trois courants ne remet en cause l’euro ni l’appartenance à l’Union européenne — différence majeure avec les risques étudiés pour LFI, et historiquement pour le RN. Mais l’Europe souhaitée est celle de la puissance : opposition au Mercosur dans sa forme actuelle chez Bertrand, retour sur certaines surtranspositions françaises, sécurisation des approvisionnements, relocalisation des chaînes stratégiques. Pour les marchés, pas de risque direct sur l’euro ou la circulation des capitaux ; les frictions potentielles porteraient sur la politique commerciale, les normes, l’agriculture et le degré de protection de certaines industries.
OAT, banques, CAC 40 : le marché jugerait l’exécution, pas l’intention
Sur le papier, une victoire de cette droite serait le moins disruptif des trois scénarios étudiés. Pour les OAT, la promesse de réduction du déficit pourrait détendre la prime de risque française — mais pas automatiquement : le marché distinguerait immédiatement les économies documentées des économies annoncées, et une forte baisse d’impôts financée par des économies repoussées à plus tard pourrait produire l’effet inverse. Les banques françaises seraient parmi les premières bénéficiaires d’une éventuelle détente du spread OAT-Bund, leur exposition à l’économie française et aux titres souverains les rendant très sensibles à la perception du « risque France » — une mécanique que nous avons détaillée dans notre analyse OAT, banques, CAC 40.
Sur les actions, l’effet serait sectoriel : la baisse des impôts de production favoriserait d’abord les entreprises fortement implantées industriellement en France ; défense, nucléaire, infrastructures, cybersécurité et IA bénéficieraient de la priorité souveraine. Mais une réduction massive de la dépense publique créerait nécessairement des perdants — entreprises dépendantes de la commande publique, secteurs subventionnés. S’y ajoute la faiblesse politique du scénario : la convergence économique ne fait pas l’unité, et la droite partage largement le diagnostic, mais pas encore le candidat pour l’incarner.
Trois paris pour 2027
Au terme de ces trois premiers volets, le paysage se dessine : LFI fait le pari de la demande ; le RN celui du pouvoir d’achat et de la souveraineté ; la droite celui de l’offre. Cette dernière porte la doctrine la plus familière aux marchés — moins de dépenses, moins de charges, davantage de travail, fiscalité du capital préservée, aucune rupture avec l’euro — mais aussi la séquence la plus exigeante : réduire assez la dépense pour réduire les prélèvements, afin de libérer assez de croissance pour stabiliser une dette proche de 118 % du PIB. Son risque n’est pas la rupture avec les marchés : c’est de promettre une transformation de l’État plus rapide que l’État français n’est capable de se transformer.
Quelle que soit l’issue des débats à venir, la conclusion pour l’épargnant reste celle de toute la série : une allocation se construit pour traverser les scénarios politiques, pas pour les prédire — diversification des zones, des classes d’actifs et des enveloppes, en commençant par une vision d’ensemble de votre patrimoine. Dans le cadre de notre conseil en gestion de placements, nous aidons nos clients de Perpignan et des Pyrénées-Orientales à préparer leur épargne aux différents scénarios de 2027, sereinement et sans parti pris. Pour en parler, contactez-nous.
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