Le risque politique paraît abstrait, réservé aux éditorialistes. Il ne l’est pas : il a un prix, mesurable chaque jour sur les marchés, et il traverse silencieusement les placements que détiennent la plupart des Français — fonds en euros de l’assurance vie, actions françaises, livrets. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, dont nous avons commencé à analyser les programmes économiques sous l’angle de l’investisseur, il mérite d’être compris plutôt que craint.

Juin 2024 : le précédent que les marchés n’ont pas oublié

Le meilleur point de repère reste la dissolution de juin 2024. À la perspective d’une majorité issue du Nouveau Front populaire, l’écart de taux entre la dette française et la dette allemande — le fameux spread OAT-Bund à 10 ans — est passé d’environ 50 points de base à plus de 80 au plus fort des tensions, tandis que le CAC 40 perdait environ 5 % sur la période. Les valeurs bancaires françaises avaient été particulièrement sensibles.

Ce n’était pas le test d’un programme précis — aucun n’a été appliqué. Mais l’épisode constitue un précédent utile : il montre à quelle vitesse les investisseurs réévaluent les actifs français face au risque politique et budgétaire, avant même qu’une politique soit mise en œuvre. Les marchés n’attendent pas les décrets : ils anticipent.

La France de 2027 ne sera pas celle de 2022

Ce mécanisme d’anticipation jouera d’autant plus fort que le point de départ s’est dégradé. Le prochain gouvernement héritera d’une dette supérieure à 115 % du PIB, d’un déficit d’environ 5,1 %, et d’une note souveraine abaissée à A+ par Fitch et S&P fin 2025. Les investisseurs internationaux, déjà échaudés, surveillent la trajectoire budgétaire française de près — nous avions décrit ce face-à-face dans France 2026 : le malentendu avec les marchés.

Concrètement, une prime de risque plus élevée signifie un État qui emprunte plus cher, et cette facture se diffuse : taux des crédits, valorisation des obligations déjà émises, coût de financement des banques et des entreprises. Le risque politique n’est pas un sujet de plateau télé — c’est une ligne de coût dans toute l’économie.

Comment le « risque France » se transmet à votre épargne

Trois canaux principaux concernent directement l’épargnant :

Les fonds en euros de l’assurance vie. Ils sont largement investis en obligations, dont une part significative d’obligations d’État françaises (OAT). Une hausse durable des taux français pèse sur la valeur des obligations anciennes détenues en portefeuille — un effet amorti par les mécanismes propres aux fonds en euros, mais réel. C’est l’une des raisons de bien doser le couple fonds en euros / unités de compte plutôt que de subir une répartition par défaut.

Les banques. Exposées à la dette souveraine française et sensibles à tout durcissement réglementaire, elles réagissent fortement aux tensions politiques, comme en 2024. Comprendre la solidité du système bancaire aide à distinguer volatilité boursière et risque réel pour les dépôts.

Les actions françaises — avec une nuance décisive. Le CAC 40 n’est pas la France : ses grands groupes réalisent l’essentiel de leur activité à l’international, ce qui amortit les chocs domestiques — nous l’avions détaillé dans CAC 40, un portefeuille mondial. Un choc politique français produirait donc des effets contrastés : les valeurs domestiques liées à la consommation pourraient même profiter d’un choc de pouvoir d’achat, quand les valeurs exposées aux dividendes ou aux secteurs jugés stratégiques subiraient une prime de risque supplémentaire.

Que faire — et surtout ne pas faire

La pire réponse au risque politique est la réaction à chaud : vendre après la baisse, se réfugier en liquidités au pire moment, ou au contraire ignorer totalement le sujet. Ces réflexes sont documentés — ce sont les biais comportementaux classiques de l’investisseur.

La bonne réponse est structurelle, et elle se construit avant les échéances, pas pendant : diversification internationale réelle du portefeuille — souvent mal comprise —, répartition entre classes d’actifs et enveloppes, horizon adapté à chaque poche d’épargne. Les ménages français détiennent 6 500 milliards d’euros d’épargne financière : la question n’est pas d’en protéger chaque euro contre tous les scénarios, mais de s’assurer qu’aucun scénario ne peut emporter l’essentiel.

C’est un travail d’allocation, pas de pronostic électoral. Dans le cadre de notre conseil en gestion de placements, nous aidons nos clients de Perpignan et des Pyrénées-Orientales à structurer une épargne capable de traverser les cycles politiques — quel qu’en soit le vainqueur. Pour faire le point sur votre exposition, contactez-nous.

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