À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, nous ouvrons une série d’analyses consacrées aux programmes économiques des principales forces politiques. Le principe est simple et vaudra pour chaque volet : il ne s’agit pas de juger un projet politique, mais d’en comprendre la mécanique et d’en mesurer les effets possibles sur l’économie, les marchés et l’épargne. C’est le seul angle qui intéresse l’investisseur — et c’est le nôtre.
Nous commençons par La France insoumise, dont le programme L’Avenir en commun, dans son édition 2025, compte 831 mesures dont 143 nouvelles. Il conserve la philosophie du projet porté en 2022 par Jean-Luc Mélenchon en l’amplifiant, et assume une rupture avec plusieurs piliers de la politique économique française depuis les années 1980 : fiscalité du capital, financement de l’État, retraites, rapport aux règles européennes. L’erreur serait de le résumer à une explosion des dépenses publiques : sa logique est plus ambitieuse — déplacer le centre de gravité de l’économie du capital vers le travail, et du marché vers l’État.
Premier étage : un choc de pouvoir d’achat
La première étape du modèle consiste à transférer massivement du revenu vers les ménages qui consomment la plus grande part de ce qu’ils gagnent : SMIC porté immédiatement à 1 600 euros nets (contre 1 399 euros début 2025, et 1 400 euros déjà proposés en 2022), retraite à 60 ans, revalorisation des fonctionnaires, indexation des salaires sur l’inflation.
Le raisonnement économique est cohérent : un euro versé à un ménage modeste est davantage consommé qu’un euro versé à un ménage épargnant, ce qui provoquerait un choc de consommation à court terme. Mais toute la mécanique dépend d’une question : où cet argent serait-il dépensé ? S’il finance de la production française, l’effet d’entraînement peut être puissant ; s’il alimente surtout les importations ou les hausses de prix, il l’est beaucoup moins.
Deuxième étage : qui finance la redistribution ?
C’est ici que le modèle change de nature, avec une transformation profonde de la fiscalité — son cœur revendiqué. Le programme affiche vouloir imposer « les revenus du capital comme ceux du travail » : suppression de la flat tax de 30 % sur les revenus du capital, impôt sur le revenu porté à quatorze tranches contre cinq, rétablissement et renforcement de l’ISF avec un volet climatique, taxe minimale de 2 % sur le patrimoine des milliardaires, impôt sur les sociétés rendu progressif, taxation renforcée des transactions financières, et un « héritage maximal » plafonné à 12 millions d’euros.
Pour les entreprises, l’effet serait double et contradictoire. Les sociétés domestiques exposées à la consommation française pourraient bénéficier du choc de pouvoir d’achat. Mais pour les grands groupes cotés, l’équation se durcit : fiscalité favorisant les bénéfices réinvestis plutôt que distribués, taxation des rachats d’actions, encadrement des rendements actionnariaux, limitation des LBO.
Un point de rigueur s’impose : certaines mesures souvent prêtées à ce programme — gel ou plafonnement de certains dividendes, retrait de la cote de secteurs stratégiques — figurent parmi les contributions citoyennes en cours d’examen et ne font pas partie, à ce stade, du programme arrêté. Il faut distinguer les mesures fermes des pistes à l’étude.
Troisième étage : la relance peut-elle se financer elle-même ?
C’est le cœur économique du projet. En 2022, La France insoumise chiffrait ses dépenses nouvelles à environ 250 milliards d’euros par an, mais estimait obtenir 267 milliards de recettes supplémentaires, en partie générées par les emplois créés et la consommation. Les instituts indépendants parvenaient à des soldes bien moins favorables : l’Institut Montaigne évaluait le dérapage à environ 219 milliards, la Fondation iFRAP à un solde net dégradé d’environ 65 milliards par an.
L’écart spectaculaire entre ces chiffrages ne dit pas qui a raison : il montre surtout combien le résultat dépend des hypothèses retenues — aucun ne constitue une prévision. Toute la différence tient au « multiplicateur budgétaire » : une dépense publique devient le revenu d’un salarié ou d’une entreprise, qui consomme à son tour, créant activité, TVA et cotisations. Plus l’économie répond à la demande nouvelle par de la production, plus le mécanisme fonctionne ; plus elle y répond par des importations ou des hausses de prix, plus le financement espéré s’évapore.
Quatrième étage, le moins connu : la rupture financière
C’est peut-être l’étage le plus important pour les marchés. Le programme considère explicitement que l’État doit réduire sa dépendance aux investisseurs privés : transformation par la Banque centrale européenne de la dette publique qu’elle détient en dette perpétuelle à taux zéro, possibilité pour elle de racheter directement les dettes souveraines, réinstauration d’un « circuit du Trésor » obligeant les banques exerçant en France à détenir une part de leurs fonds propres en bons du Trésor français, et audit déterminant la part jugée « illégitime » de la dette en vue d’un réaménagement négocié.
S’y ajoute, au niveau européen, la « désobéissance » aux règles jugées bloquantes — la libre circulation des capitaux figurant explicitement parmi elles. Pour un investisseur, c’est le point le plus sensible : une fiscalité du capital fortement alourdie pousse mécaniquement aux arbitrages (expatriation, déplacement d’actifs), et la libre circulation des capitaux est précisément ce qui les rend possibles. La placer parmi les règles auxquelles il pourrait être désobéi soulève la question d’éventuelles barrières à la sortie des capitaux — dont les modalités ne sont, à ce stade, pas précisées. C’est ici que se situe la principale friction potentielle avec les marchés, qui pourraient réagir avant même toute mise en œuvre. Nous avions décrit ce mécanisme d’anticipation dans notre analyse du malentendu entre la France et ses marchés.
Ce qui a changé depuis 2022 : la France, pas le programme
Le texte a peu changé — c’est une amplification plutôt qu’une refonte. La différence essentielle est dans la France à laquelle il s’appliquerait : un gouvernement élu en 2027 hériterait d’une dette supérieure à 115 % du PIB, d’un déficit de 5,1 %, d’une note souveraine abaissée à A+ par Fitch et S&P fin 2025, et d’investisseurs bien plus attentifs au risque budgétaire français. Paradoxalement, cette dégradation nourrit les deux lectures : pour les partisans du programme, elle justifie une rupture ; pour les marchés, elle réduit la marge disponible pour l’expérimenter.
Entre le scénario où le surcroît d’activité compense une partie du coût initial et le scénario inverse — importations, inflation, prime de risque renchérissant la dette — se trouve la variable décisive : le multiplicateur de la relance française. Pour l’investisseur, la première bataille ne se jouerait peut-être ni sur le SMIC ni sur l’ISF, mais sur la confiance : les marchés jugeraient ce pari bien avant qu’on puisse en connaître le résultat. Comment réagiraient-ils concrètement, et qu’est-ce que cela signifierait pour votre épargne ? C’est l’objet de notre second article : OAT, banques, CAC 40 — le « risque France » et votre épargne. Et pendant que la France débat de la place de l’État dans l’économie, ailleurs, les États sont déjà devenus des investisseurs de premier plan.
Quelle que soit l’issue des débats politiques à venir, une allocation d’épargne se construit pour les traverser, pas pour les prédire — diversification des zones géographiques, des classes d’actifs et des enveloppes, en commençant par une vision d’ensemble de votre patrimoine. Dans le cadre de notre conseil en gestion de placements, nous aidons nos clients de Perpignan et des Pyrénées-Orientales à préparer leur épargne aux différents scénarios, sereinement et sans parti pris. Pour en parler, contactez-nous.
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