Quatrième volet de notre série consacrée aux programmes économiques des principales forces politiques à l’approche de 2027, après La France insoumise, le Rassemblement national et la droite de gouvernement. La règle reste la même : comprendre la mécanique économique de chaque projet et en mesurer les effets possibles sur les marchés et l’épargne, sans le juger politiquement.

Cette semaine, le bloc central, à travers ses deux principales candidatures : Édouard Philippe et Gabriel Attal. Les trois familles précédentes proposaient chacune une rupture identifiable — le choc de demande pour LFI, le pouvoir d’achat et la souveraineté pour le RN, le choc d’offre pour la droite. Le bloc central occupe une position plus inconfortable : héritier de la matrice économique d’Emmanuel Macron — économie de marché, soutien aux entreprises, valorisation du travail, fiscalité du capital stable, ancrage européen — il promet désormais de corriger la trajectoire budgétaire à laquelle sa propre famille politique a participé, avec une dette publique de 3 536 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB au premier trimestre 2026 (INSEE).

Philippe et Attal : une même matrice, deux degrés de rupture

Sur l’essentiel, les deux anciens Premiers ministres restent proches : le travail plutôt que la redistribution, l’entreprise plutôt que l’administration, l’investissement plutôt que la dépense courante, l’Europe plutôt que le protectionnisme national. Aucun ne propose le retour de l’ISF, aucun ne menace l’euro ni la libre circulation des capitaux.

Mais Édouard Philippe pousse le raisonnement beaucoup plus loin, avec ce qu’il présente comme « le plus grand choc de compétitivité jamais réalisé » : 50 milliards d’euros de baisse des impôts de production, financés par 50 milliards d’aides publiques aux entreprises supprimées. Ce n’est théoriquement pas un cadeau budgétaire : c’est une transformation du mode d’intervention de l’État — subventionner moins, taxer moins. S’y ajoutent un moratoire fiscal et normatif de cinq ans, une règle d’or budgétaire constitutionnelle et un objectif de déficit ramené de plus de 5 % à 2 % du PIB en fin de quinquennat.

Gabriel Attal place lui aussi la dette au centre, avec un diagnostic sévère — plus de la moitié de la dépense publique finance le modèle social, c’est là que l’effort devrait porter — mais un calendrier moins brutal : déficit sous 3 % en 2032, équilibre en 2037, pour un plan chiffré à 120-150 milliards d’économies. Il revendique la réforme de l’assurance-chômage préparée à Matignon (indemnisation de 18 à 15 mois), créditée par son camp de 100 000 emplois supplémentaires — une estimation que les économistes jugent débattue.

Première vraie différence entre les deux : Philippe promet un ajustement rapide, Attal un désendettement progressif. Mais tous deux rencontrent le même problème : le bloc central est le seul camp de notre série qui ne peut pas présenter la dette comme l’héritage des autres. C’est probablement sa principale faiblesse face aux marchés.

Retraites et épargne : la mesure qui concerne directement votre patrimoine

C’est la partie du programme la plus importante pour l’épargnant — car derrière une réforme sociale se cache une véritable doctrine financière : financer l’économie européenne moins par la dette, davantage par le capital.

Édouard Philippe propose d’introduire progressivement une part de capitalisation représentant 10 à 15 % des pensions à l’horizon de quinze ans, tout en maintenant l’essentiel du système par répartition — assortie d’un report de l’âge légal au-delà de 64 ans, jusqu’à 65 voire 67 ans — et un « livret capital France » destiné à orienter l’épargne des Français vers les entreprises technologiques nationales et européennes. Gabriel Attal critique la méthode (il veut un système « universel » fondé sur la seule durée de cotisation, sans âge légal fixe) mais partage le fond : une part de capitalisation en complément de la répartition, 1 000 euros versés par l’État à la naissance de chaque enfant sur un compte bloqué jusqu’à la retraite, et le fléchage obligatoire de la moitié de l’intéressement et de la participation vers l’épargne longue.

Trois lectures pour l’épargnant. D’abord, l’idée d’une dose de capitalisation s’installe dans presque tout le spectre politique — le RN proposait déjà son fonds souverain et sa dose de capitalisation : quel que soit le vainqueur de 2027, la direction est tracée. Ensuite, ces dispositifs mettraient des années à monter en charge : votre retraite se prépare dès aujourd’hui sur l’épargne individuelle — assurance-vie, PER, immobilier — sans attendre les réformes. Enfin, un fléchage massif de l’épargne nationale vers les actions européennes changerait l’écosystème de l’investissement en France, dans la lignée du mouvement mondial des États investisseurs.

Europe : la puissance plutôt que la seule intégration

C’est sur l’Europe que la continuité est la plus nette — mais le discours évolue : il ne s’agit plus seulement de construire davantage d’Europe, mais une Europe capable de protéger son marché. Philippe propose de répondre aux pratiques chinoises dans les secteurs stratégiques (transferts de technologie, quotas, joint-ventures), un « Buy European Tech Act », des achats technologiques groupés, une infrastructure européenne souveraine d’IA avec doublement de la capacité de calcul en cinq ans — tout en achevant le marché unique à l’intérieur. Attal se revendique « résolument pro-européen » et porte la même souveraineté industrielle et énergétique. La formule du bloc central : ouvrir davantage le marché européen aux Européens, le protéger davantage du reste du monde. Pour l’investisseur, le risque de rupture avec Bruxelles disparaît ; une politique industrielle nettement plus interventionniste apparaît — dans la droite ligne du sursaut que nous suivons depuis des mois sur la souveraineté technologique européenne.

IA, nucléaire, défense : un programme devenu sectoriel

Le programme possède des implications sectorielles très identifiables. Sur l’IA : passer de 40 000 à 100 000 ingénieurs formés par an (Philippe), faire de la France « la première puissance européenne de l’IA » avec un soutien massif à Mistral et aux puces tricolores, et 20 millions de salariés formés en cinq ans (Attal) — un « État investisseur plutôt que subventionneur ». Sur l’énergie : relance du nucléaire, renouvelables, électrification massive, l’électricité décarbonée envisagée comme avantage comparatif industriel — notamment pour les centres de données, exactement la logique qui vient d’attirer 13 milliards d’euros de Google en Finlande. Sur la défense : réservistes portés de 45 000 à 250 000, service militaire volontaire décuplé, montée en puissance des drones et munitions — le prolongement des nouveaux moteurs de l’investissement européen.

OAT, banques, CAC 40 : le moins disruptif, mais pas sans risque

Au lendemain d’une victoire du bloc central : aucun risque sur l’euro, aucun contrôle des capitaux, pas de hausse massive annoncée de la fiscalité du patrimoine, pas de conflit avec les institutions européennes. Sur les OAT, un engagement crédible de réduction du déficit pourrait comprimer la prime de risque française — les banques en seraient les premières bénéficiaires, et la stabilité fiscale favoriserait les valeurs de rendement, selon la mécanique décrite dans notre analyse du « risque France ».

Mais cette lecture serait trop simple. Échanger 50 milliards d’aides contre 50 milliards de baisses d’impôts est neutre pour l’État, pas pour chaque entreprise : il y aurait des gagnants nets et des perdants nets. Réformer les retraites et contenir la santé aussi. Et passer d’un déficit supérieur à 5 % à 2 % du PIB en cinq ans représente un ajustement macroéconomique considérable. Le marché arbitrerait donc entre deux forces opposées : moins de risque politique, davantage de risque d’exécution budgétaire.

Conclusion de la série : quatre familles, une même question

Au terme de ces quatre volets, notre série débouche sur une conclusion unique sous quatre formes : LFI fait le pari de la demande, le RN celui du pouvoir d’achat et de la souveraineté, la droite celui de l’offre, le bloc central celui de la crédibilité. En 2027, la première question des marchés ne sera peut-être plus de savoir qui gouverne la France, mais qui est capable de financer ce qu’il promet.

Pour l’épargnant, la leçon de toute la série tient en une phrase : une allocation se construit pour traverser les scénarios politiques, pas pour les prédire — diversification des zones, des classes d’actifs et des enveloppes, en commençant par une vision d’ensemble de votre patrimoine. Dans le cadre de notre conseil en gestion de placements et de notre accompagnement préparation retraite, nous aidons nos clients de Perpignan et des Pyrénées-Orientales à préparer leur épargne aux différents scénarios de 2027, sereinement et sans parti pris. Pour en parler, contactez-nous.

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