Une même semaine d’actualité a livré quatre signaux en apparence dispersés : la recherche fébrile d’alternatives européennes à Palantir, un fonds de 5 milliards d’euros pour les scale-up technologiques, une commande de drones intercepteurs pour un équipementier automobile français, et une alliance entre Saint-Gobain et Microsoft autour de l’intelligence artificielle. Mis bout à bout, ils racontent une seule histoire : celle d’un continent qui a pris conscience de ses dépendances technologiques — et qui découvre combien il est difficile de s’en défaire.

Palantir, ou la dépendance installée

Partout en Europe, États et administrations recherchent activement des alternatives à Palantir, le spécialiste américain de l’analyse de données devenu incontournable dans la sécurité, la santé et la défense. Le constat est lucide, mais la sortie s’annonce extrêmement difficile : l’expertise de l’entreprise, largement inégalée, s’est installée au cœur des procédures quotidiennes. C’est la définition même d’une dépendance critique — non pas un fournisseur parmi d’autres, mais un maillon dont le remplacement coûterait des années. Nous avions décrit ce mécanisme dans notre analyse des maillons critiques de la tech européenne autour d’ASML : l’Europe détient quelques verrous technologiques mondiaux, mais en subit beaucoup d’autres.

Le paradoxe de la même semaine : Saint-Gobain a signé un accord stratégique avec Microsoft autour de l’intelligence artificielle générative — amélioration des processus de vente, et collaboration pour accélérer la construction d’infrastructures de calcul. Même les champions industriels européens les plus solides bâtissent leur transformation numérique sur des briques américaines. La dépendance ne recule pas ; elle se déplace vers les couches les plus stratégiques.

Le sursaut : capitaux et défense

Face à ce constat, deux réponses concrètes émergent. La première est financière : ScaleUp Europe, un fonds de 5 milliards d’euros désormais intégré au Fonds du Conseil européen de l’innovation, doit permettre aux pépites technologiques européennes de grandir sur leur propre sol. Le diagnostic derrière l’outil est connu : ce n’est pas l’innovation qui manque à l’Europe, c’est le capital de croissance — celui qui évite qu’une start-up prometteuse ne parte se financer, puis se coter, puis se vendre outre-Atlantique.

La seconde réponse est industrielle, et elle vient parfois d’où on ne l’attend pas. Forvia, équipementier automobile français, accélère dans la défense et révèle une commande d’environ 500 drones intercepteurs passée par une entreprise européenne. Qu’un fournisseur de sièges et de planches de bord se convertisse aux drones militaires en dit long sur la profondeur du mouvement de réarmement européen — un thème d’investissement que nous suivons depuis notre article sur la défense et la réindustrialisation européennes : la souveraineté est devenue un moteur de carnets de commandes, y compris pour des acteurs venus d’autres secteurs.

Ce que cela signifie pour l’investisseur

La souveraineté technologique n’est plus un discours politique : c’est désormais un flux de capitaux mesurable — budgets de défense, fonds publics d’innovation, commandes industrielles, relocalisations. Pour l’investisseur, ce thème présente une caractéristique précieuse : il dépend moins du cycle économique que de décisions politiques déjà engagées et difficilement réversibles.

Mais il exige aussi du discernement. Toutes les entreprises estampillées « souveraineté » n’en bénéficieront pas également : comme toujours, la position dans la chaîne de valeur compte plus que le récit — la trajectoire de la tech chinoise face au décrochage le rappelle, elle aussi façonnée par des choix politiques. Et un thème séduisant ne dispense jamais d’examiner les valorisations. Dans le cadre de notre conseil en gestion de placements, nous aidons nos clients des Pyrénées-Orientales à traduire ces grandes tendances en choix de supports concrets et proportionnés. Pour en discuter, contactez-nous.

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