Dans la confrontation technologique entre les États-Unis et la Chine, l’Europe apparaît souvent comme la grande absente. Aucun géant comparable à Microsoft, Nvidia ou Tencent ; un sentiment de décrochage largement partagé — y compris par les Européens eux-mêmes. Le constat mérite pourtant d’être nuancé : comme dans toute révolution industrielle, les entreprises les plus visibles ne sont pas toujours les plus indispensables.
ASML, le monopole dont personne ne peut se passer
L’exemple le plus frappant est néerlandais. ASML demeure le seul fabricant au monde des machines de lithographie extrême ultraviolet (EUV), indispensables à la production des semi-conducteurs les plus avancés. Sans ces équipements, ni Nvidia, ni AMD, ni les grands fondeurs asiatiques ne pourraient fabriquer les processeurs qui alimentent l’intelligence artificielle. Cette position de quasi-monopole explique que la capitalisation d’ASML soit passée d’environ 200 à plus de 600 milliards de dollars en cinq ans — une performance supérieure à celle de plusieurs membres des « Sept Magnifiques » américains, dont nous avons récemment décrit l’éclatement en vendeurs et payeurs d’IA.
La leçon est précieuse : dans une chaîne de valeur mondiale, celui qui détient un goulot d’étranglement peut créer autant de valeur que celui qui possède la plateforme.
Un tissu industriel moins médiatisé, mais stratégique
Autour d’ASML gravite un écosystème discret. Infineon (+78 % en cinq ans) et STMicroelectronics (+38 %) occupent des positions fortes dans les semi-conducteurs destinés à l’automobile, à l’industrie et à l’énergie. SAP (+52 %) reste le premier éditeur européen de logiciels d’entreprise. À l’inverse, les sociétés de services informatiques comme Capgemini (−18 %) ont souffert de la réallocation des capitaux vers les infrastructures d’IA : au sein même de la tech européenne, la sélectivité des marchés joue à plein.
L’actualité récente illustre d’ailleurs ce paradoxe européen. Le continent attire les investissements — mais pas toujours où il l’espère : le siège européen d’un des principaux acteurs mondiaux de l’IA vient de s’installer en Irlande, prisée des géants technologiques pour sa fiscalité favorable, plutôt qu’en France. Dans le même temps, des coopérations industrielles de premier plan se nouent autour des centres de données, où un champion français de la gestion de l’énergie fournit les couches de puissance et de refroidissement des nouvelles plateformes d’IA américaines : l’Europe équipe la révolution, même quand elle ne l’héberge pas.
Ce que cela signifie pour un portefeuille
La faiblesse européenne réside moins dans le savoir-faire que dans l’incapacité à transformer ces compétences en plateformes mondiales. L’Europe reste indispensable à l’écosystème, mais elle n’en fixe plus le rythme. Pour l’investisseur, deux conséquences pratiques.
D’abord, « investir en Europe » ne signifie pas renoncer à la révolution de l’IA : certains des maillons les plus critiques de la chaîne sont cotés à Amsterdam, Munich ou Paris — avec des valorisations souvent moins tendues qu’outre-Atlantique. Ensuite, la sélectivité est de mise : entre un quasi-monopole d’équipements et une société de services en repli, l’étiquette « tech européenne » recouvre des réalités opposées, comme le montre déjà la composition réelle des grands indices.
Notre cabinet intègre cette grille de lecture — plateformes, maillons critiques, exposition géographique réelle — dans la construction des allocations de nos clients, au titre de notre conseil en gestion de placements. Pour passer votre portefeuille au crible de cette analyse, parlons-en.
Analyse de marché à caractère informatif. Elle ne constitue pas un conseil en investissement ni une recommandation personnalisée. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
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