En matière de transmission, beaucoup de familles raisonnent encore en un seul temps : la succession. C’est oublier que le droit fiscal français récompense massivement ceux qui donnent de leur vivant — et pénalise mécaniquement ceux qui attendent. La clé de ce système tient en deux chiffres : les abattements, et le délai de quinze ans qui permet de les renouveler.
Les abattements : une addition plus généreuse qu’on ne le croit
Chaque parent peut donner 100 000 € à chacun de ses enfants sans aucun droit de donation. Un couple avec deux enfants transmet donc 400 000 € en franchise totale. S’y ajoute, pour les dons de sommes d’argent, le don familial exonéré de 31 865 € (article 790 G du CGI) : il suppose un donateur de moins de 80 ans et un bénéficiaire majeur, mais il se cumule avec l’abattement de 100 000 €. Un parent peut ainsi transmettre 131 865 € à un enfant sans fiscalité.
Les petits-enfants ne sont pas oubliés : 31 865 € d’abattement par grand-parent et par petit-enfant en cas de donation, auxquels peut encore s’ajouter le don familial d’argent. Des grands-parents avec quatre petits-enfants peuvent ainsi irriguer la génération suivante de plusieurs centaines de milliers d’euros hors droits — un levier précieux quand les enfants sont déjà établis et que ce sont les petits-enfants qui ont besoin d’un apport pour devenir propriétaires.
Restent enfin les présents d’usage — cadeaux d’anniversaire, de mariage, de réussite à un examen — qui, s’ils demeurent proportionnés au patrimoine du donateur, ne sont ni taxés ni décomptés des abattements.
Le compteur des 15 ans : pourquoi chaque année compte
Tous ces abattements se reconstituent intégralement tous les quinze ans. Concrètement : un parent qui donne 100 000 € à son enfant à 55 ans peut redonner 100 000 € en franchise à 70 ans, puis encore à 85 ans. Trois « fenêtres » complètes, soit 300 000 € transmis sans droits — là où celui qui attend la succession n’utilisera l’abattement qu’une seule fois, le barème progressif (20 % dès 15 932 € après abattement en ligne directe) s’appliquant sur tout le reste.
La conclusion s’impose d’elle-même : plus on commence tôt, plus on transmet. Attendre ses 80 ans pour s’y mettre, c’est renoncer à une ou deux fenêtres complètes — et perdre le bénéfice du don familial d’argent, réservé aux donateurs de moins de 80 ans.
Donner sans se démunir : les outils qui changent tout
L’objection classique — « je ne veux pas me dépouiller » — a des réponses éprouvées. La donation en nue-propriété permet de transmettre un bien tout en conservant l’usufruit : vous continuez d’occuper le logement ou d’en percevoir les loyers, et la valeur taxable est réduite selon votre âge (le mécanisme est détaillé dans notre fiche). La donation-partage fige les valeurs au jour de la donation et prévient les conflits entre héritiers. Et pour les patrimoines professionnels, le Pacte Dutreil reste l’outil majeur — d’autant plus à manier avec précision que la loi de finances 2026 en a durci les conditions.
Une donation se calibre : montants, forme, clauses (droit de retour, inaliénabilité), articulation avec l’assurance-vie et le cap des 70 ans, équilibre entre enfants. Notre cabinet de gestion de patrimoine, à Perpignan, construit ces stratégies de transmission avec les familles des Pyrénées-Orientales, en lien avec leur notaire — c’est le cœur de notre expertise en transmission et succession. Pour établir votre calendrier de transmission, contactez-nous.
Article d’information à caractère général, à jour des règles connues en 2026. Il ne constitue pas un conseil personnalisé ; chaque situation doit faire l’objet d’une étude individuelle.
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