Dans une succession classique, la règle est connue : si l’un de vos enfants décède avant vous, ses propres enfants « montent d’un rang » et héritent à sa place. C’est la représentation successorale. Beaucoup d’épargnants pensent qu’il en va de même pour leur assurance-vie. C’est faux — et cette confusion peut priver des petits-enfants de tout.

L’assurance-vie ne suit pas les règles de la succession

Le capital d’une assurance-vie est transmis hors succession : il revient aux personnes désignées dans la clause bénéficiaire, et à elles seules. Les mécanismes de la dévolution légale — dont la représentation — ne s’appliquent pas automatiquement. Pour que les enfants d’un bénéficiaire prédécédé prennent sa place, il faut que la clause le prévoie expressément, par une mention du type « vivants ou représentés ».

Une clause très répandue comme « mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître par parts égales, à défaut mes héritiers » semble protectrice. Elle ne l’est qu’en apparence : si l’un des enfants décède avant l’assuré, sa part ne va pas à ses propres enfants — elle est répartie entre les bénéficiaires restants du même rang.

L’affaire tranchée en janvier 2026

C’est exactement ce scénario qu’a examiné la cour d’appel de Paris dans un arrêt du 14 janvier 2026. La clause, adaptée à la situation familiale au moment de sa rédaction, ne prévoyait pas la représentation. L’un des deux fils de l’assurée est décédé, laissant deux enfants ; faute de stipulation expresse, ces petits-enfants se sont retrouvés exclus du bénéfice du contrat.

La cour a jugé que l’assureur — qui avait connaissance de l’évolution de la situation familiale — aurait dû attirer l’attention de sa cliente sur cette différence avec la succession et l’interroger sur l’opportunité d’adapter sa clause. En s’en abstenant, il a manqué à son devoir d’information et de conseil, et ce manquement a fait perdre aux petits-enfants une chance sérieuse d’être désignés bénéficiaires.

La leçon : une clause bénéficiaire se relit à chaque événement de vie

Cette décision rappelle une réalité que nous constatons régulièrement : une clause bénéficiaire n’est jamais rédigée « une fois pour toutes ». Mariage, divorce, naissance, décès d’un proche : chaque événement familial peut rendre la clause inadaptée, voire dangereuse. Les clauses standard réservent d’autres surprises — nous avons déjà détaillé les pièges de la désignation « mes héritiers légaux » — et la rédaction interagit avec d’autres paramètres du contrat, comme l’âge auquel vous effectuez vos versements ou le sort du capital en présence d’un quasi-usufruit.

Trois réflexes simples :

  • Relire sa clause après chaque événement familial, et au minimum tous les trois à cinq ans ;
  • Prévoir expressément la représentation (« vivants ou représentés ») si vous souhaitez protéger vos petits-enfants ;
  • Ne pas compter sur l’assureur pour donner l’alerte : la décision de janvier 2026 sanctionne un manquement, mais le procès arrive toujours trop tard — mieux vaut une clause bien rédigée qu’une indemnisation incertaine des années après.

Depuis Perpignan, notre cabinet audite les clauses bénéficiaires de ses clients dans le cadre de ses missions de transmission et succession : lecture croisée de vos contrats, de votre situation familiale et de vos objectifs, puis rédaction sur mesure. Une heure de vérification peut éviter des années de contentieux — parlons-en.

Article d’information à caractère général, à jour des règles connues en 2026. Il ne constitue pas un conseil personnalisé ; chaque situation doit faire l’objet d’une étude individuelle.

Une question sur votre situation au regard de ces évolutions ?

Prendre rendez-vous