L’intelligence artificielle est généralement racontée comme une révolution numérique. Elle est pourtant en train de devenir autre chose : une révolution énergétique. Derrière chaque modèle entraîné et chaque centre de données construit se cachent des infrastructures très physiques — centrales électriques, turbines, réacteurs, panneaux solaires, batteries, transformateurs, lignes à haute tension. Et c’est peut-être là, bien plus que dans les semi-conducteurs, que se jouera la prochaine étape de la course à l’IA.

La fin de vingt ans de stabilité électrique

Pendant près de deux décennies, la consommation d’électricité américaine a très peu progressé : l’économie croissait, mais l’efficacité énergétique compensait. L’essor des data centers rompt cet équilibre. L’agence américaine de l’énergie (EIA) estime désormais que la demande d’électricité des États-Unis pourrait augmenter de 25 à 50 % d’ici 2050, portée par les centres de données, mais aussi par l’électrification croissante de l’industrie et des transports.

L’ordre de grandeur mérite d’être mesuré : la consommation d’un seul grand centre de données peut atteindre celle d’une ville. Or ces installations ne peuvent pas adapter leurs calculs au vent ou à l’ensoleillement — il leur faut une alimentation abondante, immédiatement disponible, 24 heures sur 24.

Les géants de la tech deviennent des acteurs de l’énergie

Le basculement le plus spectaculaire est là. Selon BloombergNEF, les quatre grands « hyperscalers » — Meta, Amazon, Google et Microsoft — ont représenté à eux seuls 49 % de tous les contrats d’électricité propre signés dans le monde en 2025, sur un volume global de 55,9 gigawatts. Meta et Amazon sont devenus les deux premiers acheteurs mondiaux, contractant chacun plus de 10 gigawatts sur la seule année.

Cette course fait monter les prix : sur un an, les nouveaux contrats solaires ont renchéri d’environ 13 % et les contrats éoliens de 24 %, des plus hauts jamais enregistrés. Signe encore plus révélateur, le nombre d’acheteurs d’électricité propre aux États-Unis a été divisé par deux en un an : les hyperscalers, prêts à payer davantage, évincent progressivement les acheteurs plus modestes — industriels, hôpitaux, collectivités.

Autrement dit, l’IA ne se contente plus de consommer de l’électricité : elle commence à concurrencer le reste de l’économie pour y accéder. Ces géants financent d’ailleurs cette course par un endettement croissant, un mouvement que nous avions décrit dans notre analyse de la fin du bloc des « Sept Magnifiques » — et dont les banques et le crédit privé portent une partie des risques.

Les renouvelables accélèrent… et ne suffisent plus seules

L’essor de l’IA ne condamne évidemment pas les énergies renouvelables — il accélère même leur déploiement : la capacité solaire américaine est passée de 141 gigawatts en 2022 à 279 gigawatts en 2025, un quasi-doublement en trois ans. Mais il change la nature du problème. Sans capacités massives de stockage et de production pilotable, le solaire et l’éolien ne peuvent garantir la continuité d’alimentation qu’exigent les centres de données. Les batteries progressent — NextEra disposait déjà de 3 369 mégawatts de stockage, devant Vistra — mais la véritable opposition n’est plus entre fossiles et renouvelables : l’Amérique doit mobiliser toutes les sources à la fois, gaz, nucléaire, solaire, éolien et stockage. Nous détaillons ce rééquilibrage dans notre article sur le retour du gaz naturel et la renaissance du nucléaire américain.

Le goulot d’étranglement le plus sous-estimé : le réseau

Produire ne suffit pas, encore faut-il acheminer. Le réseau américain, dimensionné pour une demande stable, doit désormais absorber simultanément l’électrification de l’économie, de nouvelles capacités renouvelables et des data centers voraces. Résultat : les délais de raccordement s’allongent au point que l’on recense déjà une soixantaine de sites produisant leur électricité « derrière le compteur », directement sur place, sans passer par le réseau public. Et le coût des transformateurs a augmenté de 60 à 80 % depuis 2020, transformant un équipement banal en actif stratégique.

Ce paradoxe résume l’époque : plus l’économie devient virtuelle, plus sa puissance dépend d’actifs profondément physiques. C’est la même leçon que livrait, sur un tout autre terrain, le réarmement américain — les budgets et les modèles ne suffisent plus, il faut des usines, des minerais et des mégawatts.

Ce que cela change pour l’épargnant

Pour l’investisseur, ce basculement élargit considérablement le thème de l’intelligence artificielle : il ne se limite plus aux concepteurs de puces et aux éditeurs de modèles, mais irrigue les producteurs d’électricité, les équipementiers du réseau, le stockage — des secteurs longtemps considérés comme défensifs et « ennuyeux ». Il crée aussi de nouvelles concentrations de risques : certaines valeurs de ce thème affichent déjà des valorisations très exigeantes, comme nous l’analysons dans notre article consacré à GE Vernova, la « pelle et la pioche » de l’électricité.

S’exposer à une tendance aussi structurante ne s’improvise pas : supports, pondération, fiscalité et horizon doivent rester cohérents avec l’ensemble du patrimoine — c’est par là qu’il faut commencer. Dans le cadre de notre conseil en gestion de placements, nous aidons nos clients de Perpignan et des Pyrénées-Orientales à intégrer ces grandes rotations sans déséquilibrer leur allocation. Pour en parler, contactez-nous.

Une question sur votre situation au regard de ces évolutions ?

Prendre rendez-vous