Les besoins électriques des centres de données, que nous détaillons dans notre article sur la nouvelle course aux mégawatts, placent les États-Unis devant une équation inédite : fournir énormément d’électricité, en continu, et vite. Or cette équation redonne une valeur stratégique à deux énergies que beaucoup pensaient sur le déclin — le gaz naturel et le nucléaire.
Une superpuissance énergétique retrouvée
L’IA arrive aux États-Unis au moment où le pays bénéficie d’une situation énergétique radicalement différente de celle du début du siècle. Grâce à la révolution du schiste, la production américaine d’énergie primaire a progressé de plus de 50 % entre 2005 et 2024. Les États-Unis sont aujourd’hui le premier producteur mondial de pétrole et de gaz naturel : la production de gaz a pratiquement doublé depuis la fin des années 1990 pour atteindre environ 1 074 milliards de mètres cubes en 2025, celle de pétrole un record proche de 890 millions de tonnes.
Mais cette abondance masque une difficulté : un centre de données ne fonctionne ni avec un baril ni avec une réserve de gaz. Il lui faut de l’électricité, disponible en permanence. Posséder l’énergie ne suffit plus — il faut la transformer et l’acheminer.
Le grand retour du gaz naturel
Le gaz présente précisément l’avantage que l’IA valorise le plus : la rapidité. Une centrale à gaz se construit beaucoup plus vite qu’un réacteur nucléaire et fournit une puissance pilotable lorsque le soleil ou le vent font défaut. La transition énergétique devait progressivement le marginaliser ; l’IA est en train de prolonger sa valeur stratégique.
Les signaux s’accumulent. Chevron a signé un accord de vingt ans pour alimenter en gaz un centre de données Microsoft de 2,7 gigawatts au Texas, avec des turbines fournies par GE Vernova : la frontière entre pétrole, gaz et électricité s’efface. Et face à des réseaux dont les délais de raccordement deviennent un goulot d’étranglement, certains centres de données produisent désormais leur électricité directement sur site, « derrière le compteur ».
Le nucléaire, la réponse structurelle
Si le gaz apporte la réponse immédiate, le nucléaire pourrait devenir la réponse de long terme : énormément d’électricité, en continu, sans émissions directes de CO₂ et indépendamment de la météo — exactement le cahier des charges des data centers.
La renaissance est déjà engagée. Constellation Energy, premier producteur nucléaire américain, a signé des contrats d’approvisionnement de vingt ans avec Microsoft et Meta. Washington affiche désormais l’objectif de quadrupler la capacité nucléaire du pays d’ici 2050, avec près d’un quart des quelque 300 gigawatts supplémentaires qui pourraient provenir de petits réacteurs modulaires (SMR). Les capitaux suivent : 17,5 milliards de dollars de prêts publics prévus pour reconstruire la chaîne d’approvisionnement nucléaire, et un projet pouvant atteindre 80 milliards de dollars de nouveaux réacteurs Westinghouse.
Le symbole le plus saisissant du changement de cycle : Westinghouse prépare son retour en Bourse, neuf ans après une faillite provoquée par les dérapages de coûts de ses centrales en Géorgie. Le nucléaire reste pourtant cher et lent à construire — l’équation américaine ne sera probablement pas « gaz ou nucléaire », mais gaz maintenant, nucléaire demain, complétés par les renouvelables et le stockage.
Derrière la fission, une nouvelle bataille sino-américaine
Plus loin encore se profile la fusion nucléaire. Les États-Unis y consacrent environ 800 millions de dollars par an de recherche publique, quand la Chine aurait mobilisé au moins 6,5 milliards de dollars depuis 2023. Après les semi-conducteurs, la compétition entre les deux puissances pourrait donc se déplacer vers la source même de l’énergie — un enjeu de souveraineté qui n’est pas sans rappeler ceux que l’Europe affronte sur ses propres technologies critiques.
Ce que cela change pour l’épargnant
Pour l’investisseur, la leçon est double. D’abord, le thème de l’IA déborde très largement la technologie : producteurs d’électricité, gaziers, équipementiers nucléaires et acteurs du stockage en deviennent des maillons à part entière, avec des profils de risque très différents de ceux des valeurs logicielles. Ensuite, ces « nouveaux gagnants » n’échappent pas à la règle de toujours : un thème porteur ne dispense jamais d’examiner le prix payé — l’exemple le plus frappant étant GE Vernova, présente sur le gaz, le nucléaire et le réseau à la fois.
Intégrer ces rotations sectorielles dans une épargne existante demande de la méthode : diversification, choix des supports, cohérence avec l’ensemble de la stratégie patrimoniale. Dans le cadre de notre conseil en gestion de placements, nous accompagnons nos clients de Perpignan et des Pyrénées-Orientales dans ces arbitrages. Pour faire le point sur votre allocation, contactez-nous.
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