Pendant la ruée vers l’or, les fortunes les plus sûres ne se sont pas faites dans les mines, mais chez ceux qui vendaient les pelles et les pioches. La course à l’intelligence artificielle a son équivalent côté semi-conducteurs — Nvidia — et elle a désormais son équivalent côté énergie : GE Vernova, l’équipementier qui fournit la ruée vers l’électricité que nous décrivons dans notre article sur la nouvelle course aux mégawatts.

Gagner quelle que soit l’énergie qui l’emporte

GE Vernova est le pôle énergie issu du démantèlement du conglomérat General Electric, introduit en Bourse en avril 2024. Basée dans le Massachusetts, forte d’environ 75 000 salariés, l’entreprise conçoit l’équipement qui produit et transporte l’électricité : turbines à gaz — elle possède la plus grande base installée au monde —, éoliennes, services nucléaires avec son petit réacteur modulaire BWRX-300, et équipements de réseau. Sa capitalisation dépasse désormais 250 milliards de dollars.

Sa position est singulière : l’entreprise n’a presque pas besoin de savoir quelle énergie gagnera. Que l’Amérique alimente ses centres de données au gaz aujourd’hui ou au nucléaire demain, elle vend l’équipement. Ses turbines équipent les centres de données, ses réacteurs modulaires visent la renaissance nucléaire, et son rachat début 2026 du fabricant de transformateurs Prolec, pour 5,3 milliards de dollars, la positionne précisément sur le maillon le plus tendu de toute la chaîne : le réseau.

Des résultats qui donnent le vertige

Les chiffres du deuxième trimestre 2026 témoignent de cette position : chiffre d’affaires de 11,1 milliards de dollars, en hausse de 22 % ; commandes en progression de 88 % en organique, à 24,2 milliards ; et surtout un carnet de commandes record de 176 milliards de dollars. La demande de turbines à gaz est telle que les clients réservent déjà des créneaux de production pour 2031 — et le prix de ces turbines a bondi de 300 % en trois ans. La direction a relevé sa prévision annuelle pour la deuxième fois, à environ 45 milliards de dollars de revenus, et l’action a progressé d’environ 73 % sur le premier semestre 2026.

Une machine à vendre des équipements dont tout le monde a besoin, des prix qui flambent, un carnet de commandes de plusieurs années : sur le papier, le dossier semble sans défaut. C’est précisément le moment d’être attentif.

Trois réserves que le carnet de commandes ne montre pas

La valorisation, d’abord. Le titre se paie environ quarante fois son EBITDA, plus du double de la médiane de ses comparables du secteur des équipements électriques. À ce niveau, une grande partie de la bonne nouvelle est déjà dans le cours : l’action a d’ailleurs reculé après ses résultats de juillet, jugés inférieurs aux attentes — malgré un carnet de commandes record. Quand la barre est placée si haut, même une excellente performance peut décevoir.

La concentration, ensuite. Une part croissante de la demande dépend des centres de données et des géants technologiques. Or ces derniers financent leurs investissements par un endettement massif dont les banques et le crédit privé portent les risques : un retournement du cycle de l’IA fragiliserait mécaniquement leurs fournisseurs, aussi bien positionnés soient-ils.

L’éolien, enfin. La division éolienne du groupe reste déficitaire, avec des pertes qui se sont creusées — un rappel que même les « pelles et pioches » ont leurs segments qui ne rapportent rien.

Une entreprise exceptionnelle n’est pas toujours un placement exceptionnel

GE Vernova n’est donc pas un pari sur son activité, remarquable, mais sur le prix payé pour une croissance supposée sans faille. C’est l’une des confusions les plus coûteuses pour l’épargnant, que nous avions déjà rencontrée dans la rotation entre le « code » et l’« acier » des valeurs de défense : l’histoire des marchés regorge de sociétés admirables dont les actionnaires ont perdu de l’argent pendant des années, simplement pour les avoir achetées trop cher. L’attrait des histoires spectaculaires et la peur de rater le train font partie des biais comportementaux les plus puissants — et les plus chers.

Pour l’épargnant, trois réflexes : regarder systématiquement le prix payé, pas seulement la qualité de l’histoire ; vérifier ce que ses fonds et unités de compte détiennent réellement, car un support thématique « énergie » ou « infrastructures » peut être dominé par quelques valeurs à la valorisation tendue ; et se rappeler qu’il existe, selon le profil de chacun, différentes manières de s’exposer à un thème — en direct, via des fonds diversifiés, ou par des solutions structurées dont les mécanismes de protection conditionnelle répondent précisément à ce type de dossier où la qualité de l’entreprise ne fait guère débat, mais où le prix d’entrée fait tout le risque.

Dans le cadre de notre conseil en gestion de placements, nous examinons avec nos clients de Perpignan et des Pyrénées-Orientales la composition réelle de leurs portefeuilles et les manières les plus adaptées de s’exposer aux grands thèmes du moment. Pour en parler, contactez-nous.

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