Le 12 juin dernier, SpaceX est entrée en Bourse au Nasdaq. Plus de 85 milliards de dollars levés, une valorisation proche de 2 000 milliards de dollars, plus de 350 milliards de demandes : la plus importante introduction jamais réalisée. Un mois plus tard, le titre abandonnait pourtant près de 20 % après de nouveaux retards du programme Starship. Cette volatilité spectaculaire masque, à notre sens, le véritable sujet.
Toutes les grandes révolutions commencent par une chute des coûts
Le chemin de fer n’a pas transformé l’économie parce qu’il transportait des locomotives, mais parce qu’il a effondré le coût du transport. Internet a rendu l’information quasi gratuite. L’espace suit aujourd’hui la même trajectoire : grâce à la réutilisation de ses lanceurs, SpaceX a divisé le coût d’accès à l’orbite de près de 95 % en une décennie. Des lancements qui coûtaient plus de 20 000 dollars par kilogramme reviennent désormais à quelques milliers de dollars.
Lorsque le coût d’une infrastructure s’effondre, les usages se multiplient. L’économie spatiale mondiale, estimée à environ 630 milliards de dollars en 2023, pourrait atteindre 1 800 milliards de dollars en 2035 selon les grandes études de référence.
Les fusées ne sont déjà plus le cœur du sujet
Le lancement n’est plus qu’un moyen : la véritable activité devient la monétisation de l’orbite. La constellation Starlink compte plus de dix millions d’abonnés dans plus de 160 pays et représente environ 60 % des revenus du groupe — sa seule activité structurellement bénéficiaire. Observation de la Terre, télécommunications, communications militaires, véhicules autonomes, objets connectés : toutes ces activités dépendent déjà de constellations toujours plus denses.
L’étape suivante est plus audacieuse encore : le groupe, qui a intégré début 2026 un acteur majeur de l’intelligence artificielle, a demandé l’autorisation de déployer à terme des satellites dédiés au calcul informatique en orbite — alimentés par l’énergie solaire, refroidis par le vide spatial. Si cette hypothèse se concrétisait, l’entreprise ne vendrait plus des lancements : elle louerait de la puissance de calcul.
Une valorisation qui impose la prudence
Le dossier cumule néanmoins des risques qu’il faut regarder en face :
- Une valorisation extrême : le titre se paie environ quatre-vingts fois ses ventes, contre 2 à 3 fois pour un industriel classique, alors que le groupe reste déficitaire (perte nette d’environ 4,9 milliards de dollars en 2025).
- Une volatilité majeure : introduit à 135 dollars, le titre a culminé à 225 dollars avant de retomber vers 115 en quelques semaines.
- Un risque technologique et concurrentiel : le lanceur de nouvelle génération accumule les retards, tandis que la concurrence américaine et chinoise se structure.
- Un risque réglementaire : une économie qui se construit avant d’être encadrée expose ses premiers entrants à des règles écrites après coup.
Ce que cela enseigne à l’investisseur
L’introduction en Bourse de SpaceX marque peut-être le moment où l’orbite terrestre cesse d’être un territoire scientifique pour devenir une infrastructure économique mondiale. Mais l’histoire enseigne que dans les révolutions d’infrastructure, la valeur ne revient pas toujours à ceux qui les financent en premier — un point que nous développons dans un article dédié. Pour l’épargnant, l’enjeu n’est pas de deviner le juste prix d’un titre emblématique, mais de s’exposer à ces grandes mutations avec méthode, diversification et sélectivité. Si vous vous interrogez sur la place des thématiques d’innovation dans votre allocation, parlons-en.
Analyse de marché à caractère informatif. Elle ne constitue pas un conseil en investissement ni une recommandation personnalisée. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Une question sur votre situation au regard de ces évolutions ?
Prendre rendez-vous
































