En décembre 2025, les marchés débattaient encore du nombre de baisses de taux que la Banque centrale européenne pourrait accorder en 2026. Six mois plus tard, ils spéculent sur le nombre de hausses qu’elle devra imposer. Peu d’évolutions résument aussi bien le changement brutal de régime économique auquel l’Europe est confrontée.
D’un cycle d’assouplissement à un choc inattendu
Après avoir porté ses taux à des niveaux inédits, la BCE semblait enfin sortir du tunnel inflationniste : huit baisses consécutives depuis juin 2024 avaient ramené le taux de dépôt de 4,50 % à 2,00 %. Les projections de décembre 2025 tablaient sur une inflation moyenne de 1,9 % et une croissance de 1,2 % en 2026.
L’éclatement du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran a bouleversé cet équilibre. Dès mars 2026, l’inflation de la zone euro remonte à 2,5 %, portée par les prix de l’énergie (+4,9 % sur un an). Au printemps, le Brent dépasse temporairement 125 dollars le baril ; en avril, l’inflation atteint 3,0 %. Dans le même temps, la croissance trimestrielle plafonne à 0,1 %, et l’OAT française à 10 ans dépasse 3,80 %, son plus haut niveau depuis 2009.
Une inflation au-dessus de la cible, mais sous contrôle
Cette remontée ne doit pas être confondue avec la crise de 2022, lorsque l’inflation avait culminé au-delà de 10 % et touchait simultanément l’énergie, les biens, les services et les salaires. Aujourd’hui, l’essentiel du mouvement reste concentré sur l’énergie. La BCE anticipe une inflation sous-jacente autour de 2,3 à 2,4 %, et les anticipations de long terme demeurent proches de 2 %.
Toute la question réside dans les effets de second tour : si la hausse des prix de l’énergie reste isolée, l’inflation se résorbe naturellement ; mais si salariés et entreprises l’intègrent durablement, elle peut s’installer. La BCE surveille donc moins le pétrole que les négociations salariales, les prix des services et les anticipations des ménages.
Le vrai piège : une croissance trop faible
C’est là que réside la difficulté. La zone euro ne devrait croître que de 0,9 % en 2026, contre environ 2 % aux États-Unis, 4 % en Chine et plus de 6 % en Inde. L’Allemagne est proche de la stagnation, l’Italie reste handicapée par sa productivité, et seule l’Espagne (2,7 %) fait figure d’exception.
Or les hausses de taux sont efficaces pour freiner une demande excessive, beaucoup moins pour combattre une inflation d’origine énergétique. Comme le résume la situation : aucun taux directeur ne rouvre le détroit d’Ormuz, aucune décision de Francfort ne fait baisser le Brent. Resserrer trop fort pénaliserait l’investissement, l’immobilier et le crédit sans faire disparaître les tensions sur les matières premières.
Trois erreurs possibles
La BCE est prise dans une triple contrainte : ne rien faire (et risquer un désancrage des anticipations, déjà remontées à 4 % à un an en avril), réagir comme en 2022 (un resserrement jugé prématuré par plusieurs économistes, à l’image de l’erreur de 2011), ou attendre trop longtemps (et devoir intervenir plus brutalement ensuite). L’institution a maintenu ses taux pour la septième fois consécutive, tout en reconnaissant pour la première fois qu’un débat interne sur une hausse avait eu lieu.
Notre lecture
Le scénario le plus probable n’est ni un retour rapide aux baisses de taux, ni un nouveau cycle de resserrement comparable à 2022. La voie la plus vraisemblable est celle d’une BCE qui accepte temporairement une inflation comprise entre 2,5 % et 3 %, tout en se réservant la possibilité d’ajustements préventifs.
Car le véritable risque des prochains trimestres n’est peut-être plus l’inflation elle-même : c’est la croissance. Pour votre épargne, cet environnement plaide pour une allocation diversifiée, attentive à la duration obligataire et aux valeurs capables de traverser un régime de taux durablement plus élevés. Faisons le point sur votre allocation au regard de ce contexte.
Analyse de marché à caractère informatif, rédigée d’après les publications de notre réseau de partenaires. Elle ne constitue pas un conseil en investissement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
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